Qu'est-ce que le cinéma d'animation — 70 ans de lignée du long métrage japonais
Le cinéma d'animation japonais a deux origines. La première est Toei Doga, fondée en 1956 avec l'ambition de devenir « le Disney de l'Orient ». Son film Le Serpent blanc (1958) fut le premier long métrage d'animation en couleur du Japon, et ce fut aussi l'œuvre qui amena un Hayao Miyazaki encore adolescent à vouloir se consacrer à l'animation. Dans ce studio travaillait déjà, au sein de l'équipe d'intervallage, Yasuo Otsuka, entré dans l'entreprise l'année de sa fondation. La seconde origine est Mushi Production, la société d'Osamu Tezuka. Après avoir consolidé le format de la série télévisée avec Astro Boy (1963), ses gens passèrent peu à peu au long métrage. Le jour de la sortie de la version cinématographique de Space Battleship Yamato (1977), des files se formèrent qui passèrent la nuit devant les cinémas : c'était la première fois qu'il devenait visible à grande échelle que l'animation était devenue la culture de toute une génération. Un film appelle la génération suivante, et cette génération forme la suivante. L'histoire du cinéma d'animation japonais est l'accumulation de cette chaîne.
De personne à personne — une lignée qui se transmet
Le directeur de l'animation du Château de Cagliostro (1979), les débuts de Hayao Miyazaki comme réalisateur de long métrage, fut Yasuo Otsuka, son collègue depuis l'époque de Toei. Plus de trois décennies plus tard, un autre opus cinématographique de ce même Lupin III, la série Lupin the IIIrd, porterait la signature de Takeshi Koike. Koike est un animateur issu de Madhouse, formé aux côtés de Yoshiaki Kawajiri, et appartient à une lignée distincte de celle d'Otsuka. Le courant qui vient de Toei et celui qui naît de Madhouse, héritier de Mushi Production : les deux origines de l'animation japonaise se croisent, un demi-siècle plus tard, dans un même opus cinématographique de Lupin. De son côté, Satoshi Kon a travaillé comme assistant du mangaka Katsuhiro Otomo. Il s'est aguerri aux côtés d'Otomo pendant les années de sérialisation d'AKIRA et, après avoir rejoint la production d'animation avec Roujin Z (1991), allait faire ses débuts de réalisateur avec Perfect Blue. Dans Millennium Actress, il a dépeint l'histoire même du cinéma japonais à travers les souvenirs d'une actrice ; l'œuvre a reçu en 2001 le Grand Prix de la section Animation du Japan Media Arts Festival, aux côtés du Voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki. Le parcours de Mamoru Hosoda illustre bien ce croisement de lignées. Il a commencé comme réalisateur à Toei Doga (aujourd'hui Toei Animation), s'est retrouvé à la tête du Château ambulant chez Ghibli, a ensuite réalisé La Traversée du temps et Summer Wars chez Madhouse, et a fondé en 2011 le Studio Chizu. Miraï, ma petite sœur (2018) fut le premier long métrage d'animation japonais en dehors de Ghibli à concourir pour l'Oscar du meilleur film d'animation.
Vers le monde — 1988 et 1995
Il y a deux années qui marquent le moment où cette lignée a influencé le cinéma du monde entier. En 1988, Katsuhiro Otomo a réalisé lui-même l'adaptation de son propre manga AKIRA. La Neo-Tokyo qu'il a dessinée, d'une densité d'animation écrasante, a marqué le public étranger et reste une référence constante dans l'imagerie de science-fiction ultérieure. Et puis 1995. En octobre a commencé la diffusion télévisée de Neon Genesis Evangelion, qui est devenue un phénomène de société et a débouché sur le film The End of Evangelion (1997). En novembre est sorti Ghost in the Shell, l'adaptation que Mamoru Oshii a faite du manga de Masamune Shirow, qui allait laisser une empreinte profonde dans la science-fiction hollywoodienne. Cette même année 1995 est aussi sorti Toy Story, le premier long métrage au monde réalisé entièrement par ordinateur. L'année où l'animation dessinée à la main a atteint l'un de ses sommets fut aussi l'année où commença l'ère numérique.
Le siècle numérique — Makoto Shinkai
L'auteur qui symbolise cette ère numérique est Makoto Shinkai. Venu du monde du jeu vidéo, Shinkai a réalisé en 2002, presque seul et par des moyens numériques, les quelque 25 minutes de La Voix des étoiles, et est entré dans le cinéma d'animation depuis l'extérieur de la lignée habituelle des studios. Your Name (2016) a dépassé les 25 milliards de yens de recettes, le premier film d'animation en dehors de Ghibli à atteindre cette échelle. Les vingt ans qui vont d'un auteur qui a commencé à faire du cinéma tout seul jusqu'à devenir un auteur de masse sont aussi les vingt ans pendant lesquels la production numérique est venue occuper le centre du cinéma d'animation.
Storyboards et livres d'art — sous quelle forme feuilleter l'histoire
Toute l'histoire qui précède demeure, sous forme de livre, sur ce rayon. Le storyboard (livre de continuité) est le plan du réalisateur : l'endroit où le cadrage, les dialogues et les temps ont été fixés pour la première fois sur le papier. Lu après avoir vu le film achevé, il permet de suivre chacune des décisions de mise en scène. La série de storyboards de Makoto Shinkai (KADOKAWA) et ceux de Satoshi Kon (Fukkan.com) en sont le meilleur exemple. Les livres d'art et de décors rassemblent en grand format l'art de fond et les images clés ; les livres d'animation originale (Look Back, Ghost in the Shell) consignent le trait de crayon même des animateurs ; et les guides visuels officiels, avec du matériel d'ambiance et des entretiens, sont une porte d'entrée dans le monde de chaque œuvre. D'un même film, selon la forme du livre, on voit quelque chose de différent.
Vers une histoire du cinéma d'animation que tu ne connais pas encore
Tous les livres de cette catégorie sont des éditions originales japonaises. Miyazaki et Ghibli, Katsuhiro Otomo et Evangelion ont chacun leur propre catégorie. Ce que nous avons réuni ici, c'est l'histoire qui les unit : Satoshi Kon, Mamoru Oshii, Mamoru Hosoda, Makoto Shinkai et la lignée de Lupin. Soixante-dix ans depuis Toei Doga : voici une histoire du cinéma d'animation que tu ne connais pas encore.
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